Qui n’a pas un faible pour l’art ? Qu’il soit classique, moderne, numérique ou écrit – comme le shodō, la calligraphie japonaise. Il existe une forme bien particulière de cet art, que l’on ne trouve que dans les temples et sanctuaires : le goshuin (御朱印, littéralement « sceau vermillon honoré »).
Contre une modeste offrande, un moine appose de grands sceaux rouges, accompagnés de quelques traits élégants tracés au pinceau. Très joli… mais au fond, qu’est-ce que c’est vraiment ?

L’origine du goshuin, les sceaux sacrés des temples
L’histoire des temples du Japon remonte à plusieurs siècles, voire un millénaire, à une époque où voyager sans une raison valable était presque inconcevable.
Il n’était pas question de quitter ses champs ou de négliger ses responsabilités sans justification. Faire un pèlerinage était l’une des rares raisons acceptées pour quitter temporairement son domicile. Par exemple, on entreprenait ce voyage pour prier en quête d’une bonne récolte ou pour demander des bénédictions sur sa santé, celle de sa famille ou de sa communauté.
Il fallait généralement obtenir une autorisation préalable, mais il était aussi essentiel de prouver, à son retour, que l’on avait bien visité les bons lieux saints.
Le goshuin vient probablement de cette pratique ancienne. Après avoir donné un sutra au bodhisattva ou au bouddha, on recevait un sceau du temple, une sorte de preuve de son offrande.
Le sceau, en plus de son aspect symbolique, était sacré ; il renfermait l’essence de la divinité adorée dans le temple.
Si vous visitiez plusieurs temples lors de votre pèlerinage, vous pouviez regrouper tous ces sceaux dans un nōkyō-chō ou dans un livret de sutras fourni pour l’occasion.
Où trouver un goshuinchō ?
De nos jours, les goshuinchō se déclinent en une multitude de variétés. Vous pouvez choisir entre des livres à couverture rigide traditionnelle ou des livrets en accordéon, disponibles dans des styles et des designs très variés, dont certains sont des éditions limitées.
Certains sont très simples et modestes, tandis que d’autres affichent des couleurs vives ou sont décorés de personnages mignons. Les livres destinés aux pèlerinages comportent parfois des dessins des temples numérotés, accompagnés de poèmes classiques.
Les sanctuaires publient fréquemment leurs propres éditions, et ces albums sont également disponibles dans les magasins religieux, les librairies ou simplement dans un bureau d’un temple / sanctuaire (n’hésitez pas à lire notre article sur le sanctuaire Fushimi Inari taisha).

Il est bien connu qu’au Japon, des clubs existent pour ceux qui collectionnent le goshu’in comme passe-temps, mais certains collectionnent aussi simplement les tampons shuin (朱印) eux-mêmes.
Grâce à leur diversité, ces livres sont des souvenirs parfaits. En effet, ils peuvent être utilisés pour les tampons et la calligraphie.
Bien que mélanger les différents types de sceaux ne pose aucun problème, les vrais collectionneurs préfèrent généralement conserver des livrets séparés pour les sanctuaires bouddhistes et shinto, chacun ayant ses propres caractéristiques.
De quoi est composé un goshuin ?
Les goshuin des temples bouddhistes
Les goshuin bouddhistes présentent un sceau central avec un caractère sanscrit, souvent encadré par un bijou ou un lotus.
Ce symbole représente le Bouddha ou le bodhisattva principal du temple, et son nom est inscrit sur le sceau. Sur les côtés, on trouve le nom du temple et/ou de la montagne, ainsi que la date en fonction du calendrier japonais.
D’autres sceaux peuvent correspondre au surnom du sanctuaire ou à un numéro s’il fait partie d’un pèlerinage. La calligraphie, en règle générale, est particulièrement cursive et raffinée.
Les goshuinchō des temples shinto
Les sceaux dans la tradition shinto comportent souvent un grand sceau carré portant le nom du sanctuaire. Ce dernier est inscrit de manière claire et facilement lisible.
Une date figure à gauche, et à droite, on retrouve le kanji pour « culte » (奉拝). Si d’autres sceaux sont présents, ils correspondent généralement à des symboles tels que des emblèmes familiaux, des plantes, ou des animaux.
Il est intéressant de noter que ces sceaux ne sont pas délivrés dans tous les temples. Par exemple, le bouddhisme de Nichiren se concentre exclusivement sur le Sutra du Lotus, et au lieu de la calligraphie habituelle, les pratiquants reçoivent un goshudai.
Ce dernier affiche l’inscription « Hail Wonderful Lotus Sutra » (南無妙法蓮華経), parfois abrégée en 妙法. Toutefois, il faut absolument disposer du bon livret, car le shu’in-chō ordinaire n’est pas toujours accepté dans ces temples.
De plus, les temples zen n’appliquent pas cette pratique, car le zen rejette en principe l’adoration des bouddhas, des bodhisattvas, et des textes sacrés.
Les nouvelles initiatives pour attirer les visiteurs
Il existe également une forme de désécularisation au Japon, avec un déclin progressif de la religiosité des habitants. Cela se traduit par une diminution du nombre de visiteurs réguliers dans les temples, ce qui a pour conséquence une réduction des revenus.
Pour tenter de pallier cette baisse, de nombreux sanctuaires mettent en place des marches collectives, une campagne du type « sauvez-les tous ».

Ces événements concernent généralement un groupe de sanctuaires situés dans un même quartier ou dédiés à la vénération de la même divinité.
Par ailleurs, il existe bien sûr des pèlerinages séculaires au Japon, où des timbres sont apposés dans chaque temple visité. Par exemple, on peut citer le Saikoku 33, Bandai 33, Chichibu 34 (qui, ensemble, forment les 100 temples de Kannon) ou encore le célèbre Shikoku 88.
Mais il est aussi possible de commencer une collection de goshu’in liée à des personnages historiques ou à des lieux inspirés d’un anime que vous appréciez. Une excellente excuse pour explorer des territoires encore inconnus.

Ayant vécu 10 ans au Japon, je vous partage tous mes conseils et astuces pour que votre voyage au Japon soit inoubliable ! Grâce à Kawaiicafe, je vais vous transmettre toutes mes connaissances sur la culture japonaise .
