Kodomo no Hi : la fête des enfants au Japon

Chaque année, le 5 mai, le Japon met ses enfants à l’honneur. Des milliers de carpes de tissu ondulent au-dessus des rivières et des balcons, les familles exposent de petites armures de samouraï et l’on savoure des pâtisseries préparées spécialement pour l’occasion. Cette journée, c’est Kodomo no Hi (子供の日), littéralement « le jour des enfants ». Dernier jour férié de la Golden Week, elle mêle traditions ancestrales, symboles porte-bonheur et vœux de santé pour les plus jeunes. Voici tout ce qu’il faut savoir sur cette fête profondément ancrée dans la culture japonaise.

Koinobori flottant dans le ciel pour Kodomo no Hi

Kodomo no Hi, qu’est-ce que c’est ?

Kodomo no Hi est un jour férié national célébré le 5 mai dans tout l’archipel. Il clôt la Golden Week, cette semaine de congés qui enchaîne plusieurs jours fériés fin avril et début mai, l’une des périodes de vacances les plus animées de l’année au Japon.

Officiellement, cette fête honore tous les enfants, filles comme garçons, et rend hommage aux mères. Dans l’imaginaire collectif, elle reste toutefois surtout associée aux petits garçons : les filles, elles, sont célébrées le 3 mars lors du Hina Matsuri, la fête des poupées. Cette nuance vient directement de l’histoire de la journée, qui fut longtemps réservée aux garçons avant de s’ouvrir à tous.

Les origines de Kodomo no Hi : du Tango no sekku à la fête des enfants

Loin d’être une invention moderne, Kodomo no Hi plonge ses racines dans une tradition vieille de plus de mille ans, qui a beaucoup évolué au fil des siècles.

Estampe ancienne du Tango no sekku au Japon

Une fête d’origine chinoise

À l’origine, la célébration s’appelait Tango no sekku (端午の節句), le « festival du cinquième jour du cinquième mois ». Il s’agit d’une adaptation japonaise du Duanwu, la fête chinoise des bateaux-dragons. Importée durant l’époque de Nara, elle fut d’abord célébrée à la cour impériale et comptait parmi les gosekku, les cinq grandes fêtes saisonnières qui rythmaient l’année.

Le cinquième mois était alors considéré comme néfaste. On pratiquait des rituels de purification pour éloigner maladies et mauvais esprits, en suspendant à l’entrée des maisons des plantes réputées protectrices comme l’iris et l’armoise. Cette période coïncidait aussi avec le repiquage du riz : on priait pour de bonnes récoltes.

Le jour des garçons samouraïs

À partir de l’époque de Kamakura, la caste guerrière s’approprie la fête. Le mot shobu, qui désigne l’iris, est en effet homophone d’un terme évoquant l’esprit martial. Les samouraïs offrent alors à leurs fils des éléments d’armure et dressent des bannières pour invoquer bravoure et protection. Sous l’époque d’Edo, la célébration prend de l’ampleur et devient clairement la fête des garçons.

Comme les familles de marchands et d’artisans n’avaient pas le droit d’exposer armes et blasons, elles imaginent une alternative : les koinobori, ces carpes de tissu inspirées d’une légende chinoise (Pour mieux comprendre cette caste, voir notre introduction aux samouraïs.). Un moyen d’honorer leurs fils tout en respectant les règles de l’époque.

1948 : la fête de tous les enfants

Ce n’est qu’en 1948, après la Seconde Guerre mondiale, que le gouvernement japonais transforme le Tango no sekku en jour férié officiel et le renomme Kodomo no Hi. La fête est désormais dédiée à l’ensemble des enfants, sans distinction de genre, avec un même souhait : leur croissance en bonne santé et un avenir heureux.

Les koinobori, emblème de la fête des enfants

Impossible de passer à côté : dès la mi-avril, les koinobori (鯉のぼり) colorent le ciel japonais. Ces manches à air en forme de carpe, hissées sur de longues perches, sont le symbole le plus reconnaissable de Kodomo no Hi.

Le choix de la carpe n’a rien d’anodin. Selon une légende chinoise, une carpe koï remonta un torrent à contre-courant et franchit une cascade jusqu’à se transformer en dragon. Le poisson incarne ainsi le courage, la persévérance et la réussite — exactement les valeurs que l’on souhaite transmettre aux enfants.

Koinobori carpe noire et rouge Kodomo no Hi

Chaque carpe représente un membre de la famille, disposée dans un ordre précis du haut vers le bas du mât :

  • tout en haut, le fukinagashi, un ruban multicolore qui symbolise l’eau de la rivière ;
  • la carpe noire (magoi) pour le père ;
  • la carpe rouge (higoi) pour la mère ;
  • une ou plusieurs carpes plus petites (kogoi) pour les enfants.

Où admirer les koinobori au Japon

Si vous voyagez au Japon au printemps, certains lieux déploient des dizaines, voire des milliers de koinobori au-dessus des rivières ou dans de grands parcs. Un spectacle saisissant. Parmi les plus réputés :

  • la Tokyo Tower, à Tokyo ;
  • le village thermal de Tsuetate Onsen (préfecture de Kumamoto) ;
  • le village de Kinugawa Onsen (préfecture de Tochigi) ;
  • les gorges d’Oboke (préfecture de Tokushima).
Des centaines de koinobori au dessus d'une riviere au Japon

Le kabuto et les gogatsu ningyō : les décorations d’intérieur

À l’intérieur des maisons, les familles installent d’autres décorations traditionnelles. La plus emblématique est le kabuto (兜), une réplique de casque de samouraï, parfois accompagnée d’une armure miniature (yoroi). L’ensemble forme ce qu’on appelle les gogatsu ningyō (五月人形), les « poupées de mai », qui peuvent aussi représenter des héros historiques ou légendaires.

Kabuto casque de samourai expose pour Kodomo no Hi

Parmi ces figures, on croise souvent Kintaro, un jeune garçon du folklore réputé pour sa force hors du commun et sa santé de fer. La légende raconte qu’il communiquait avec les animaux et affronta même une carpe géante — un modèle idéal de vigueur pour les enfants.

Ces objets, généralement offerts par les grands-parents maternels, obéissent à un petit rituel : on les expose à partir de la mi-avril, puis on les range dès le 5 mai passé. Les laisser trop longtemps porterait malchance, selon la croyance.

Que mange-t-on pour Kodomo no Hi ?

Chimaki riz gluant feuille de bambou

Comme toute fête japonaise, Kodomo no Hi a ses douceurs traditionnelles, que l’on partage en famille. Deux pâtisseries à base de riz sont incontournables :

  • le kashiwa mochi : un mochi fourré à la pâte de haricot rouge sucrée, enveloppé dans une feuille de chêne. Cette feuille, qui ne tombe qu’une fois la nouvelle apparue, symbolise la continuité entre les générations. (La feuille ne se mange pas.)
  • le chimaki : un riz gluant cuit à la vapeur dans une feuille de bambou, plante connue pour sa vigueur et sa croissance rapide. Un vœu de santé et de protection pour l’enfant.
Kashiwa mochi patisserie de Kodomo no Hi

Les autres traditions : iris, bain et saké

Héritage direct de l’ancienne fête de purification, l’iris (shobu) tient toujours une place particulière le 5 mai. On accroche encore des rameaux à l’entrée des maisons pour éloigner les mauvais esprits.

Deux coutumes perdurent autour de cette plante : le shobu-yu, un bain parfumé aux tiges d’iris réputé protéger des maladies — que certains bains publics proposent encore aujourd’hui — et le saké à l’iris, boisson traditionnelle censée porter chance et santé.

Une fête tournée vers l’avenir

Derrière ses carpes colorées et ses armures miniatures, Kodomo no Hi dépasse la simple célébration. C’est un moment où l’on transmet des valeurs — courage, persévérance, respect — tout en formant des vœux de bonheur pour les nouvelles générations. Née d’une fête de purification, devenue fête guerrière puis journée inclusive dédiée à tous les enfants, elle illustre à merveille la manière dont le Japon fait vivre ses traditions en les réinventant. Si vous êtes au Japon début mai, levez les yeux : les koinobori vous rappelleront que, ce jour-là, ce sont les enfants qui règnent sur le ciel.

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